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Ciberterrorismo (e-Yihad) (e-Qaeda) y Terrorismo Islamista

martes, abril 25, 2006

Le tourisme égyptien frappé par un triple attentat

Pour la troisième fois en moins de deux ans, une station balnéaire égyptienne du Sinaï a été la cible d'un triple attentat, lundi 24 avril.

Trois explosions ont en effet visé, en début de soirée, deux restaurants et un supermarché de la petite ville de Dahab, dans le Sinaï, à quelque 350 km au sud-est du Caire.


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Un Egyptien rescapé des attentats qui ont fait 23 morts à Dahab, une station balnéaire du Sinaï, le 24 avril 2006.
REUTERS/GORAN TOMASEVIC

Le dernier bilan en date fourni, mardi matin, par le ministère de l'intérieur, faisait état de 23 tués. Un enfant allemand et un adulte étranger, dont la nationalité n'a pas été précisée, figurent parmi les victimes. Soixante-deux personnes ont été blessées, dont 42 Egyptiens. Les blessés étrangers sont de nationalités danoise, britannique, française, italienne, allemande, sud-coréenne, libanaise, palestinienne, américaine, australienne et israélienne. Certains se trouvent dans un état grave. Un dispositif d'évacuation sur Le Caire par avion sanitaire a été mis en place par les autorités égyptiennes pour les cas les plus sérieux, les hôpitaux de la région ne bénéficiant pas de tous les équipements nécessaires. Les dégâts matériels sont très importants.

Alors que les autorités continuaient d'affirmer, mardi, que des charges explosives, peut-être actionnées à distance, ont été utilisées dans ce triple attentat, l'Agence France-Presse attribuait à une source de sécurité parlant sous couvert de l'anonymat une déclaration selon laquelle deux kamikazes au moins y auraient participé.

L'attaque présente plusieurs similitudes avec celles qui, le 7 octobre 2004 et le 23 juillet 2005, ont frappé des hôtels et des lieux touristiques de deux autres centres de villégiature du Sinaï : respectivement les villes de Taba (34 morts) et de Charm El-Cheikh (70 tués). Dans les trois cas, les attentats ont été commis à l'occasion de jours fériés. L'Egypte célèbre à la fois la fête du printemps et l'anniversaire, mardi, de l'évacuation de la péninsule du Sinaï par Israël, le 25 avril 1982.

L'objectif des terroristes est visiblement de s'en prendre à l'un des nerfs de l'économie, le tourisme, qui rapporte à l'Egypte quelque 7 milliards de dollars par an. Ces attentats ont également pour but de tuer le plus grand nombre de personnes, en particulier des étrangers. Parmi ces derniers, les Israéliens pourraient constituer une cible en raison de la proximité géographique de l'Etat juif et de la fréquentation assidue des stations du Sinaï par des touristes de ce pays. Les autorités israéliennes avaient d'ailleurs conseillé, ces derniers jours, à leurs citoyens d'éviter de se rendre en Egypte en raison des risques d'attentats.

CONDAMNATION UNANIME

La triple explosion de Dahab n'avait pas encore été revendiquée mardi matin. Le général Mohammed Hani Moutwalli, gouverneur du Sinaï sud, qui s'est rendu sur les lieux, s'est dit convaincu qu'il s'agit d'un acte "individuel" qui n'a aucun lien avec les attentats de Taba et de Charm El-Cheikh. D'autres envisageaient un possible acte de vengeance de la part de tribus du Sinaï, dont des membres ont été arrêtés et torturés après l'attentat de Taba. Près de deux mille personnes avaient alors été interpellées.

Pour d'autres, il s'agirait plutôt de groupes inspirés par l'idéologie d'Al-Qaida, probablement constitués au sein des tribus du Sinaï qui seraient à l'origine de ce triple attentat. Ceux de Taba et de Charm El-Cheikh avaient d'abord été revendiqués par des organisations aux appellations fantaisistes, avant que le mouvement Al-Tawhid wal Hijra, lié au réseau Al-Qaida, ne s'en attribue la responsabilité. Responsabilité confirmée en mars 2006 par les autorités égyptiennes.

Le président Hosni Moubarak a qualifié le triple attentat d'"acte terroriste hideux" dont les auteurs doivent être punis. Dès lundi soir, de nombreuses voix se sont élevées, en Egypte, pour critiquer les lacunes, selon elles, du dispositif de sécurité avant l'attentat, dans cette région ultrasensible, de surcroît déjà visée par des actes terroristes. L'une des explications avancées tient au fait qu'une région touristique est forcément relativement ouverte, ce qui permet aux terroristes de se fondre dans le décor. Une autre veut que l'accord de paix israélo-égyptien impose un plafond aux effectifs des forces de sécurité déployées dans la région. Cet accord, disent les partisans de cette thèse, doit être amendé.

Du secrétaire général de l'ONU, Kofi Annan, au gouvernement du Qatar, la condamnation du triple attentat est unanime. "Les terroristes veulent définir le monde comme ils le veulent. Je peux leur assurer ceci : nous allons continuer l'offensive, nous n'allons pas faiblir, nous n'allons pas renoncer" à lutter contre eux, a déclaré le président américain George Bush, tandis que la secrétaire d'Etat, Condoleezza Rice, proposait à l'Egypte "toute l'assistance nécessaire". Le premier ministre israélien, Ehoud Olmert, a lui aussi proposé l'assistance de son pays. Le président palestinien, Mahmoud Abbas, et le gouvernement dominé par le Mouvement de la résistance islamique (Hamas) ont eux aussi fermement condamné ce triple attentat contraire, selon eux, aux principes de l'islam.

Le président français Jacques Chirac, qui vient d'effectuer une visite au Caire les 19 et 20 avril, s'est dit "consterné". Le chef de l'Etat a condamné l'attentat "de la façon la plus catégorique", tout en exprimant la "solidarité" de la France avec l'Egypte.

La presse fait le lien avec les autres attaques

"Les premiers éléments de l'enquête montrent un lien possible entre le triple attentat de Dahab et ceux de Taba et de Charm El-Cheikh", tous commis dans le Sinaï depuis le mois d'octobre 2004, indique le quotidien gouvernemental Al-Ahram.

A la fin du mois de mars, treize nouveaux accusés ont été présentés par le procureur de la Haute Cour de sûreté de l'Etat dans le procès des attentats de Taba. Ces accusés s'ajoutent aux deux autres déjà jugés depuis juillet 2005. "Trois terroristes du groupe responsable des précédents attentats, nommément Nasr Khamis Al-Milahi, Eid Salama Al-Taraoui et Mohammad Abdallah Abou Girgir (...) - faisant partie du groupe islamique Al-Tawhid wal Djihad -, ont reconnu lors de leur interrogatoire qu'ils cherchaient à frapper les zones touristiques du sud du Sinaï", indique Al-Ahram. "Peut-être s'agit-il d'une réaction à ce qui se passe en Irak et dans les territoires palestiniens", précise le quotidien.

De son côté, le journal gouvernemental Al-Goumhouriya affirme que "le groupe Al-Tawhid wal Djihad, responsable de l'attentat de Charm El-Cheikh, est derrière le crime haineux" de Dahab. Après la triple explosion de Charm El-Cheikh, l'enquête a rapidement conclu que l'attentat était lié à celui de Taba et que les responsables étaient "une bande de Bédouins terroristes" cachés dans le désert. L'Egypte voulait à tout prix réfuter une possible présence d'Al-Qaida dans le Sinaï. La police a ratissé le nord de la péninsule, se livrant à des arrestations violentes et massives que Human Rights Watch a dénoncées.

Mouna Naïm
Article paru dans l'édition du 26.04.06
LE MONDE | 25.04.06 | 15h47 • Mis à jour le 25.04.06 | 15h47
BEYROUTH CORRESPONDANTE
Le Monde Paris France

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